Coupe du Monde marathon #2 : le Mieux, ennemi du Bien

Le 17 juin 2006 avait lieu la seconde manche de la Coupe du Monde marathon à Mont Saint Anne au Canada (ou plutôt au Québec… je ne veux surtout pas offenser mes amis québécois).
 
L’avant course
 
Comme à chaque fois que je dois prendre l’avion, le voyage commence par un passage chez ma gentille maman (chez qui j’arrive dans la nuit du lundi au mardi) pour aller prendre l’avion à Roissy le mardi matin.
Mardi 13 juin, il est environ midi heure locale à la descente de l’avion, et je suis très heureux de reposer les pieds sur le sol canadien, terre de nombreux bons moments passés lors de mes plus ou moins longs séjours à Ottawa et Montréal en 2003 et 2004.
Le temps de récupérer ma valise et mon vélo, puis la voiture de location et je prends de suite la route. Premier arrêt sur le plateau à Montréal, ça tombe bien c’est sur la route en direction de Québec (city). Arrêt très court qui a pour but de dire un petit bonjour à Frédéric tout en regardant, Coupe du Monde de foot oblige, la fin de match pas très glorieuse de l’équipe de France face à la Suisse… pourvu que les français soient meilleurs en Coupe du Monde VTT marathon qu’ils ne le sont en foot😉 . Moins de 2h plus tard, je reprends la route direction Mont Saint Anne cette fois en passant donc par la ville de Québec. Je serai bien resté un peu plus longtemps à Montréal, mais la location du studio sur les lieux de la course est à compter de ce soir, et ça me semble par ailleurs plus raisonnable car si je commence à rendre visite aux copains maintenant je risque de ne pas arriver très frais pour la course !
 
Une fois dans le grand studio, je tire un peu les rideaux et m’aperçois que le record de proximité de la ligne d’arrivée obtenu en Grèce est battu, je dois bien être encore 10 mètres plus près… si si c’est possible ! La ligne de départ est elle par contre à 60km de là en plein centre ville de Québec (dans le vieux Québec pour ceux qui connaissent).
 
Je consacre une bonne partie de mon mercredi à me reposer pour récupérer du décalage horaire avant d’aller m’entraîner en fin de journée. Après avoir cherché pendant une heure la boucle finale de 25km (très pauvrement fléchée) pour la reconnaître, je la parcoure pour m’apercevoir que Mont Saint Anne est un lieu fort adapté à la pratique du VTT (ce n’est pas un hasard si toutes les disciplines y font étape chaque année) mais regrette un peu qu’il n’y ait pas plus de ces magnifiques singletracks que j’aperçois de tous les cotés utilisés sur le parcours du marathon. Il n’empêche que ce circuit final fera vraiment mal aux jambes sur un terrain très accidenté parsemé de rochers et racines. L’entraînement se passe donc bien en ce premier jour si ce n’est pour les moustiques qui ont pris un malin plaisir à me pomper du sang partout sur les bras et les jambes… ces insectes semblent apprécier le sang de touriste.
 
Suite à cette sortie, le programme pour la fin de semaine avant la course, qui a lieu le samedi et non le dimanche comme à l’habitude, est simple : repos et deux sorties courtes de récupération.
C’est ici que je fais ma première erreur et que le titre de ce récit commence à prendre tout son sens : au moment où je pars m’entraîner jeudi matin, je pense partir pour une heure et demi maximum mais la curiosité est trop forte il faut que j’aille voir la montée vers Mont Saint Anne sur le parcours qui rattrape la boucle reconnue la veille. Je me fais la promesse de la reconnaître doucement, il n’empêche, j’ai tort en pensant que plus je connais le parcours mieux ça sera. Après coup je peux me rétorquer que plus j’arrive fatigué sur la ligne de départ et moins j’ai de chance d’être performant et il n’est pas certain que la reconnaissance du parcours puisse compenser cela. Après donc 3/4 d’heure sur route le long du fleuve Saint-Laurent, je rejoins le circuit (je ne l’ai bien entendu pas trouvé du premier coup) au km 41 du parcours. J’ai rencontré en cours de route Marton qui vient de Hongrie pour disputer le marathon et le cross-country type "olympique" la semaine suivante. Nous allons donc reconnaître cette section ensemble. L’imprévu est que cette section est ultra difficile, avec des traversées de rivières et de l’eau jusqu’aux genoux (photo à l’appui, voir galerie), et des passages en montée que je n’arriverai même pas à négocier sur le vélo. Nous sommes donc bien loin de la sortie de récupération puisque s’ajoutera à la difficulté la durée : 3h30 de vélo en tout ce jour là. A J-2, je suis bien conscient de commettre une grosse erreur, malheureusement je ne connais pas suffisamment la montagne pour tenter de couper au travers pour raccourcir un peu cette expédition.
 
Je reviens donc en début d’après-midi, et un bon repas et une courte sieste footbalistique plus tard, je prends la route pour Québec puisque le programme indique que la remise des dossards commencent le jeudi soir et qu’une sympathique dame de l’organisation m’a indiqué que cela se passe près du départ en ville. Ca tombe plutôt bien puisqu’il fallait que j’aille visiter Québec… de quoi faire d’une pierre deux coups ! Après m’être garé, je marche jusqu’à l’endroit où je suis supposé prendre mon dossard, et là surprise… c’est fermé. Pas de dossard pour moi ce soir (j’apprendrai le lendemain que la remise du jeudi soir avait en fait lieu à Mont Saint Anne à 50 mètres de mon appart, et que cela ne débutait à Québec que le vendredi, merci pour l’info !) mais puisque je suis là je me promène un bon moment dans la ville où il y a une grosse ambiance. C’est l’ouverture "officielle" des terrasses des restaurants et bars, pour l’occasion de nombreuses estrades ont été installées en pleine rue (barrée pour la soirée) avec concerts et autres animations. D’un point de vue plus architectural, le vieux Québec est vraiment magnifique, A VOIR tout simplement.
 
Pour finir cette avant-course, un petit mot du vendredi : je ne fais guère plus que récupérer mon dossard et aller tourner les jambes avec Marton et une coureuse américaine, Josie Beggs (http://josiebeggs.blogspot.com/), super sympa et qui vit sa passion à fond entre une vingtaines d’heures par semaine effectuées pour son sponsor Starbucks, quelques remplacements en tant qu’institutrice et bien entendu de nombreuses heures passées sur le vélo. Je devais voir Frédéric le soir à Québec pour organisation des ravitos, malheureusement suite à quelques mésaventures il arrivera un peu tard pour que l’on se rencontre.
 
La course
 
Comme précisé précédemment, le départ a lieu en plein Québec (porte Saint-Louis). Je vide l’appartement avant de partir, puisque je n’y retournerai pas, et pars pour Québec. Les quelques aller-retour dans les escaliers me donnent déjà une indication : je n’ai clairement pas récupéré de la sortie de jeudi… c’est trop tard de toute façon, il faudra donc faire avec des cuisses un peu dures.
J’arrive à Québec vers 8h30 pour un départ à 10h, tout va bien je suis dans les temps.
Et voilà ma seconde erreur : encore une fois, je veux bien faire en ne prenant pas le Camelback, cela fait ça en moins dans le dos, gain de poids. Je ne vais pas énumérer toutes les raisons pour lesquelles les meilleurs se passent du Camelback, mais pour faire court je pense que lorsque l’on a quelqu’un pour nous assister, les bidons sont la meilleure solution.
Quand Frédéric me rejoint à 9h, je lui explique donc où et comment me passer les bidons. Explications un peu trop rapides sans doute puisque Frédéric n’a pas compris que je lui donne 2 bidons pleins en lui demandant une présence sur 3 ravitos. Je vais y revenir puisque cela sera l’un des élements clé de ma course…
 
Echauffement sur les hauteurs de Québec avec Thomas Degoulet d’abord et Thomas Dietsch ensuite, nous sommes trois français sur cette manche il n’est donc pas difficile de se retrouver. Mes sensations ne sont pas excellentes, mais "pas si pires" non plus pour employer une expression locale.
 
Les coureurs sont appelés sur la ligne de départ vers 9h40, et avec mon dossard n°15 j’ai droit à ma place sur la deuxième ligne. On nous explique que l’on va passer un certain nombre de kilomètres derrière la voiture à 20km/h, la difficulté est de comprendre combien, j’ai l’impression que le chiffre change toutes les deux minutes !
Le départ est bien donné à 10h, et 18mn derrière la voiture plus tard un virage à gauche, un coup de corne complètement inattendu et nous voilà face à une bosse sur route pour lancer la course, je suis bien placé… jusqu’ici tout va bien.
 
On rentre ensuite dans les chemins, et après une courte portion roulante nous attaquons une longue montée rapide qui se passe en force. Là je dois déjà me rendre à l’évidence : primo je n’ai pas vraiment les jambes des grands jours mais ça ce n’est pas un scoop, et secondo je crois que même si je les avais les 8-9 premiers sont à l’heure qu’il est un ton au dessus de moi en terme de puissance. Je les regarde donc partir une centaine de mètres devant et me retrouve rapidement "à ma place" aux alentours de la quinzième position.
Les vingt premiers kilomètres sont parcourus sur une piste le plus souvent large mais recouverte de rochers, ça va donc vite, voir très vite et je vois plusieurs coureurs chuter car n’arrivant pas à correctement enchaîner les sections rocheuses à une telle vitesse. De mon coté, ce sont au contraire les rochers qui "me sauvent" car bien que n’ayant pas de bonnes jambes j’arrive à compenser par une certaine aisance technique. J’ai d’ailleurs droit à un compliment qui fait toujours plaisir de la part d’un américain qui était derrière moi à l’entrée d’une section rocheuse : "Man, you’re good" me dit-il. Cela a la mérite de me tirer un sourire en plein effort, et la seule chose que je peux lui répondre et un court "Thanks", mais il venait droit du coeur😉 .
Retour aux choses sérieuses, arrivée au km 21, je suis toujours aux alentours de la quinzième place au premier ravitaillement où Frédéric est bien là. Passage de bidon impeccable, mon ravitailleur a donc bien retenu mes indications, c’est du moins ce que je pense à ce moment là.
 
La course se poursuit, et mis à part un passage dans deux immondes bourbiers à franchir à pieds histoire de se remplir les chaussures de boue, la seconde partie avant le second ravito reste dans le même ton que le début de course. C’est alors qu’intervient le tournant de ma course, j’ai bu l’intégralité de mon bidon entre le km 24 et le km 41, l’hydratation étant souvent un facteur décisif sur les longues distances, surtout que le climat chaud et humide du jour entraîne de grandes pertes d’eau. Malheureusement , pas de Frédéric au km 41, et pas de ravitaillement "officiel" de l’organisation à cet endroit. Je continue quand même en espérant trouver une solution un peu plus loin.
Le circuit change peu de temps après de physionomie avec les rivières à traverser et la montée vers le Mont Saint Anne. J’arriverai simplement à récupérer un verre d’eau avant d’attaquer cette montée et dès le pied je commence à craquer.
 
Je tiens à préciser pour qu’il n’y ait pas de malentendu puisque je n’ai absolument pas rejeté la faute sur Frédéric (il faut deux personnes pour faire apparaître une incompréhension de toute façon) que je ne pense pas la déshydratation être la seule cause de ce qui va se passer ensuite, certes c’en est une mais je peux y ajouter :
 
– la fatigue déjà présente au départ
– le début de course vraiment très rapide (j’aurai peut-être du lever un peu le pied)
– le climat chaud et humide qu’on ne rencontre que très exceptionnellement en France
 
Je faiblis donc d’abord progressivement avant ensuite de subir un malaise en milieu d’ascension. Je ne suis à ce moment là même plus capable de monter à pied et n’ai d’autre solution que de m’arrêter pour reprendre mes esprits.
Après avoir regardé quelques coureurs me passer, je repars péniblement, un morceau de barre énergétique à la bouche qui a bien du mal à passer sans l’apport de liquide.
Dans un état difficilement descriptible, j’arrive tant bien que mal à rallier le ravitaillement du km 72 où Frédéric m’attendait. Nous sommes à l’entame de la dernière boucle tout près de la ligne d’arrivée, et je dois bien admettre que l’idée d’abandonner m’a plus que traverser l’esprit. Je ne peux cependant pas me résigner à l’idée d’avoir fait 6000km pour repartir sans aucun point, je tente alors le tout pour le tout en repartant pour cette dernière boucle. La bonne nouvelle c’est que j’ai récupéré un bidon, mais sec que j’étais il n’a pas fait plus de 3km, ce qui signifie que je suis à nouveau longtemps sans boisson. Bien entendu pendant ce temps là quelques coureurs continuent à me doubler puisque je ne suis plus en situation de faire la course, je me préoccupe simplement d’essayer d’arriver en haut des montées pour ensuite basculer en direction de descentes techniques négociées sans le moindre brin de lucidité. Un des deux miracles de cette course, c’est que je ne suis pas tombé une seule fois alors que j’ai été "en vrac" comme on dit dans le jargon plus de fois en une fin de course que je ne le serai dans le reste de l’année toute entière probablement. Pour vous donner une idée de mon rythme à ce moment là : pulsations max atteintes en bosse pendant cette dernière boucle = 130 pulsations / minute !
 
A cinq kilomètres de l’arrivée je suis encore en vie et le parcours repasse au ravito du km 72, par chance Frédéric y est resté (il s’est bien rattrapé sur ce coup là !) et le bidon qu’il me tendra est à n’en pas douter celui qui me permettra de finir les 6 derniers kilomètres me séparant de la ligne.
Quelques minutes plus tard, après 3 dernières descentes très techniques, je passe la ligne en 22ème position… oui oui vous avez bien lu. Finir est déjà un exploit et n’avoir perdu que sept places et entre 15 et 20 minutes par rapport à ma situation d’avant malaise n’est finalement que très peu chère payé en comparaison de ce que je viens de faire subir à mon corps quant à lui complètement lessivé.
 
Après avoir expliqué à Frédéric son erreur, j’essaie de le consoler tant bien que mal en voyant qu’il est  presque plus désolé de cet incident que je ne le suis moi-même : grande responsabilité que celle du ravitailleur sur ce type d’épreuve surtout quand celui-ci prend son travail très à coeur mais est malheureusement victime de l’inévitable erreur du débutant.
 
L’après-course
 
Le temps de me remettre de mes émotions et il est déjà temps de reprendre la route, d’abord vers Québec pour reconduire Frédéric dans sa très sympathique belle famille qui m’offrira au passage un coup à boire avant que je ne reprenne la route pour Montréal. Pas idéal que de faire de la route après un marathon, et la longue ligne droite de plus de deux heures entre Québec et Montréal est là pour me rappeler à quel point mes jambes ont souffert.
J’arrive vers 21h30 chez Simon (alias Codman pour ceux d’entre vous qui le connaissent) qui m’attend comme toujours avec un super repas et… une bonne bouteille de vin blanc… qu’il devra se boire pour l’occasion quasiment à lui tout seul😉 . On discute évidemment de vélo et particulièrement des Trans-Rockies auxquelles il a participé l’année dernière. On regardera d’ailleurs le DVD après le repas tout en discutant, un seul mot me vient à l’esprit : RESPECT ! (pour info les transrockies, c’est une épreuve d’une semaine qui a lieu de l’autre coté du Canada, et pour laquelle j’ai une grande admiration).
En écoutant Simon en parler, j’ai encore plus envie d’y participer une fois dans ma vie avec pour seul objectif de profiter au maximum des paysages et bien sur de la finir car la finir est déjà un véritable exploit.
 
Le lendemain, le programme est constitué d’une promenade (je dis bien PRO-ME-NADE) en vélo dans Montréal avec Simon avant de rejoindre d’autres amis pour le déjeuner et l’après-midi et reprendre l’avion le soir : tout un programme.
 
J’arrive bien à Paris le lundi matin, et pour une fois mon vélo aussi. J’aurais donc pu finir ce message par un traditionnel "Tout est bien qui finit bien".
Pas de chance nous sommes mardi soir, et en repartant pour Nevers ce matin vers 6h, un "excellent" conducteur m’est rentré dedans à assez haute vitesse alors que je venais de m’arrêter pour laisser une priorité à droite. Un bon "coup du lapin" pour moi, un bon mal de crâne et un rendez-vous de pris chez le kiné demain matin en espérant que cela ne me traîne pas plus de deux jours car après les erreurs commises sur cette manche canadienne de la Coupe du Monde, j’ai bien l’intention de me remettre au travail et de me rattraper dès la prochaine en Italie le 9 juillet. A bon entendeur…
 
Merci encore de me suivre dans mes aventures !
Pyf
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Un commentaire pour Coupe du Monde marathon #2 : le Mieux, ennemi du Bien

  1. JMvdE dit :

    Salut Pyf, toutes mes felicitations pour ton resultat malgrés les difficultés auxquelles tu as du faire face !
    J’avoue que meme dasn les pires moments (où j’essaye de suivre des
    bestiauds dans ton genre ;°) ) je ne souffre pas autant, quoique…
    A bientot j’espere et bon courage pour la prochaine (Italie=>Merveilleux pays !)
    JM

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