Slickrock trail à Moab : entre peur et extase

Lundi 7 août

Il est coutume de dire que les moments les plus intenses que l’on vit sont souvent associés à une certaine dose de peur que l’on parvient à surpasser. Je pense que cela résume bien ce que j’ai vécu hier sur le Slickrock trail de Moab.

Moab, cela fait des années que j’en entends parler, dans les magazines tout d’abord, puis au fur et à mesure de mes rencontres en Europe et en Amérique du Nord. La Mecque du VTT paraît-il… J’en ai même tellement entendu parler que je pensais savoir à quoi m’attendre. Et pourtant, mis à part pour les marques de peinture au sol indiquant la direction à suivre, le Slickroack trail ne fut rien de ce je m’imaginais.

Par esprit de contradiction peut-être, je commence par faire tout ce qui est déconseillé, à savoir partir rouler à 11h dans le désert. Il fait déjà plus de trente degrés, et ça ne va surement pas aller en s’arrangeant. Le Camelback est plein cependant, et la chaleur que je supporte en général plutôt bien ne m’inquiète pas vraiment. Pour rejoindre le départ du circuit, il faut déjà grimper trois à quatre kilomètres sur route au dessus de Moab. Les paysages sont déjà tellement agréables sur cette route, s’en est à se demander si ça vaut la peine d’aller plus loin… ah oui c’est vrai, je suis là pour faire du VTT.

Une petite cabine à l’entrée du Parc indique qu’il faut déposer deux dollars dans une enveloppe avant d’aller rouler. « Shame on me » je n’ai pas d’argent sur moi, et une fois là haut je ne me vois pas retourner à l’auberge de jeunesse pour deux dollars. Toutes mes excuses pour ma non participation à l’entretien des lieux ! Deux trois virages plus loin, un parking et l’inscription tant attendu « SLICKROCK BIKE TRAIL ». Ce sentier ouvert à la base pour les motos n’est en fait quasiment plus qu’emprunté par des VTT maintenant. D’ici, on ne voit plus qu’une infinie étandue de roche avec quelques canyons en toile de fond.

Puis vint le moment d’entrer sur le sentier, et c’est ici que les lignes blanches peintes sur la roche apparaisse, ce sont celle qu’il me faudra suivre tout au long de ma sortie. Les sensations sont de suite intéressantes sur la roche, beaucoup d’accroche, de chaleur et absolument aucune envie de tomber ! Après quelques tours de pédales, un premier choix s’offre à moi : « Practice trail » ou « Main Trail ». Sachant que le practice ramène sur le main trail, je commence par celui-ci, comme toute personne qui vient pour la première fois, je veux m’assurer que je suis capable de parcourir le tour de chauffe avant de me lancer sur le grand. Je n’éprouve pas de problème particulier sur ce premier tour d’environ 3km, j’enchaîne donc sur le grand.

A partir de là on s’éloigne réellement du parking, et c’est là que les sensations commencent à se contredire.

Les peurs :

  • C’est évident, la chute. Sur ces pierres brulantes, une chute signifie très probablement une fracture (surtout que j’y ai toujours été assez propice).

  • Le coup de chaud, j’ai beau avoir un camelback plein, j’ai du mal à me rendre compte du temps que cela va me prendre pour faire les 17 kilomètres.

  • La solitude, je suis parti tout seul et à cette heure tardive pour rouler je ne croise pas plus de trois cyclistes tout au long de ma sortie, ainsi qu’un guide en 4×4 qui me proposera de l’eau. Mieux vaut ne pas avoir de problèmes ici !

  • Et ça en fera sans doute rire certaines, mais j’ai eu pour une des premières fois en VTT la crainte de rencontrer des serpents. J’ai sans doute trop regarder la télé, mais j’ai le sentiment que le paysage s’y prette tout particulièrement, de la roche, quelques semblants de caverne, quelques rares passage dans le sable et pour finir de très petits plan d’eau éparpillés tout le long de la roche : « des plages pour serpents » me dis-je. Petite complément d’information pour vous dire que renseignement pris ce matin auprès de locaux, il y a effectivement des serpents, mais une seule espèce est vraiment dangereuse et on en voit que très rarement.

Du pur bonheur :

  • Le sentier est incroyable, les montées sont si raides qu’on imagine jamais pouvoir monter, mais cette roche est accrocheuse comme seul l’asphalte peut l’être.

  • Des vues à couper le souffle, et quand je finis par arriver au dessus de « The Colorado River » d’apparence verte qui passe entre des canyons je finis presque par en oublier que je suis sur mon vélo tant c’est beau.

  • Des descentes dans lesquelles je ne prendrai aucun risque, mais où les virages s’enchaînent sans que les pneus ne semblent pouvoir décrocher. Youhou !

Bon j’en ai déjà beaucoup dit, mais pour reprendre là où j’en étais, je suis donc parti dans le sens contraire des aiguilles d’une montre (j’ai lu hier soir que ce n’est pas le sens recommandé… décidémment je fais tout de travers), et je me rend vite compte qu’une seule vitesse pourrait suffire pour rouler ici : 29×34. En fait rouler est ici est simple, pas besoin de pédaler dans les descentes, puis chaque montée est si raide qu’il faut mettre « tout à gauche ». Le plat… hum je crois bien qu’il n’y en a pas.

Concernant la technicité du parcours, je dirais qu’il faut oublier tous ses repères, cette roche n’a rien à voir avec tout ce sur quoi j’ai pu roulé dans ma vie. Ca perturbe au début, mais on s’y fait assez vite.

Plus je m’éloigne, plus j’ai peur, plus j’éprouve ces intenses émotions que je ne saurais décrire.

Quand je me sens enfin sur le chemin du retour, le plaisir commence à prendre le dessus, comme si je me sentais rassurer à l’idée de rentrer. Du coup je lache un peu les freins et finis la roue avant planté dans une des rares flaques d’eau. Je suis un peu mouillé, mais pas par terre, c’est le plus important. La leçon est prise, ne pas rigoler avec cette nature bien plus forte que moi. Je rentre donc calmement, en continuant à m’arracher dans chaque montée pour atteindre le sommet et en buvant mon camelback à vitesse grand V.

Après 1h20, j’en ai fini, ça fait en tout 1h45 que je suis parti est mon Camelback est vide ! 2H en tout le temps de rentrer à l’auberge de jeunesse, je sens que j’ai bien bronzé, et je suis fatigué comme si j’avais fait 1h de plus au moins.

Dans l’après-midi, je jette un oeil aux différents guides que je n’avais évidemment pas regarder avant, voilà ce que je peux y voir :

  • le parcours est plus facile dans le sens des aiguilles d’une montre, TROP TARD !

  • Il ne faut pas rouler en milieu de journée l’été, TROP TARD !

  • Il ne fait pas partir seul ou au minimum prévenir, TROP TARD !

  • Le temps moyen pour faire ce tour, en fait il n’y en a pas, le guide indique 2h pour les locaux et jusqu’à 5h car si on a pas la force et la technique requise pour monter en vélo, tout se fait à pied ou presque. Bon bah ça va je ne suis pas si pourri que cela puisque cela m’a pris 1h20 pour faire practice loop + le grand tour. Pas très surprenant non plus puisque je ne suis descendu du vélo que dans une seule montée, si raide d’ailleurs que j’ai eu bien du mal à monter à pied tant je glissais.

Voilà en gros ce que je peux vous dire après ma première journée à Moab. Il me reste deux jours ici, et je compte bien retourner une fois sur ce sentier pour le faire cette fois dans le sens des aiguilles d’une montre. J’ai bien envie d’aller sur d’autres sentiers aussi, mais je ne suis pas très rassuré à l’idée de partir seul au milieu de ce désert dans lequel le moindre problème peut vous mettre un réel danger. J’aurai peut-être l’occasion demain matin de rouler avec un local, ce qui me permettra de m’aventurer un peu plus loin.

Ce qui est sur, c’est que je reviendrai, plus longtemps et surtout pas seul car il semble y avoir des centaines de kilomètres de sentiers de nature et difficulté différentes et offrant des paysages très variés à découvrir.

En espérant vous avoir donné un peu envie de découvrir cette magnifique région…

Pyf

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