Le Morvandiau : un coup d’épée… dans l’eau

Hier avait lieu le Morvandiau à Autun, épreuve de quarante kilomètres qui rassemble toujours un grand nombre de participants (le nombre limite de 350 est bel et bien atteint) parmi lesquels quelques très bons coureurs du coin (Bourgogne) et d’un peu plus loin (Auvergne, Ile de France, Champagne Ardennes, etc.) qui viennent se disputer les places d’honneur.

Le temps de ces derniers jours a été assez catastrophique dans la région et ce dimanche 16 mars ne dérogera pas à la règle : froid, grosse pluie, vent suivis d’une accalmie de quelque minutes avant que le scénario ne se reproduise en boucle.

Après l’habituel retrait de dossard, il est assez amusant de voir que personne ne s’empresse de sortir le vélo du coffre pour aller s’échauffer, beaucoup se sentent bien mieux au chaud dans les voitures ! Il va pourtant bien falloir se décider et il temps donc pour moi de m’habiller et de préparer le vélo à Caro, puis le mien. La pluie étant de retour 3/4 d’heure avant le départ je m’en tiens à un échauffement exclusivement sur rouleaux. Cela peut sembler peu courageux mais sachant de quoi la course sera faite je n’ai aucunement envie de prendre froid avant même le départ. Une bonne vingtaine de minutes avant le départ, je commence à retirer une épaisseur et à me frictionner un peu partout avec de l’huile chauffante et tant qu’à avoir les gants enfilés j’en profite pour faire les jambes et pieds de Caro alors qu’elle est elle dans la voiture, gelée, et qu’elle se demande si oui ou non il est vraiment raisonnable de prendre le départ pour elle qui supporte encore moins bien que moi le froid. L’arrêt de la pluie dix minutes avant le départ finira de la décider, mais courageuse comme elle l’est, je pense qu’elle aurait pris le départ de toute façon.
Encore quelques sprints sur les rouleaux et il est temps de rejoindre le départ. Sur la ligne, je ne sais trop quels vêtements garder. En effet, je n’ai jamais réussi une course dans de telles conditions de ma vie et les seuls souvenirs qui me reviennent en tête sont des abandons ou des "grosses galères" sur lesquelles j’ai bien rallié l’arrivée mais en très mauvaise position de toute façon. Ce n’est aucunement l’état du sol qui me pose problème car j’ai la chance d’avoir un niveau technique qui me permet de prendre très plaisir sur terrain glissant et souvent rendu délicat car recouvert d’eau. Non, ce qui me pose problème c’est la température de 7° associé à une grande humidité et à la pluie quasi permanente.
J’en reviens aux vêtements, je décide finalement de partir en manches et jambes courtes avec un sous-maillot "thermo", l’expérience m’ayant souvent montré que des vêtements trempés ne valent pas mieux que pas de vêtement du tout. Tentative risquée, mais je suis ici pour tenter de gagner la dernière belle classique bourguignonne qu’il me manque alors le jeu en vaut à mes yeux la chandelle.

Le départ est donné et si ce n’est pour un passage au bout de quelques centaines de mètre un peu hasardeux, où certains ont coupé plutôt que de suivre la moto et les premiers, la course aurait pu être d’une simplicité inattendue. En effet dans la première bosse, je grimpe à mon rythme en tête et sans avoir besoin de porter une quelconque accélération je me retrouve avec un petit écart. Surprenant dans la mesure où comme à chaque fois qu’il fait froid j’ai les jambes dures, que je ne ressens rien et que je n’ai par conséquent pas l’impression d’aller bien vite. S’en suit une longue route solitaire comme je les aime durant laquelle je peux voir que le groupe de 5-6 hommes derrière moi se décompose progressivement jusqu’à ce qu’il ne soit plus que deux la dernière fois que j’ai pu les voir. Je n’ai beau avoir aucune bonne sensation, mon écart croit progressivement et c’est vrai que sans avoir l’impression d’être bien je ne fais aucune faute non plus et techniquement tout passe bien sans se faire peur. Je roule un peu comme un robot qui ne sens rien et qui n’a qu’une hâte, celle de rejoindre l’arrivée. Oui mais voilà la course est longue, et le froid me transperce peu à peu, ce sera bien là la clé de la course et je peux le dire malheureusement de mon semi-échec. A mi course je dis à mon ami Jeff, malade et qui est donc ici en ravitailleur que je suis gelé, j’essaie de ne pas avoir de pensées trop négatives mais je sens quand même que je vais avoir bien du mal à tenir jusqu’au bout. Pourtant à cinq kilomètres de l’arrivée la victoire est encore envisageable puisqu’il doit me rester pas loin d’une minute d’avance. Oui mais voilà il reste une très longue descente sur route et dans la remontée qui suit je ne vois plus très clair… et c’est un euphémisme. Mon regard n’est plus fixe, tout tourne autour de moi. J’arrive à rester sur le vélo sur la quasi-totalité de cette montée boueuse mais sans m’en rendre compte ça ne va plus très vite, plus assez vite. Remy Pompanon me passe au sommet et il ne lui reste plus qu’à bien négocier la dernière descente ramenant sur l’arrivée pour s’imposer. J’arrive tant bien que mal à en faire de même et à ne pas être repris pour prendre la seconde place, mais au prix d’un effort qu’on ne sait pas bien expliquer le lendemain !!! Il faut tout simplement être cinglé !

Sur la ligne je tiens à peine debout, je ne vois pas clair, je tremble comme rarement j’ai tremblé, un dur moment à passer. Merci à mon ami Daniel qui a récupéré et nettoyé (je n’en demandais pas temps !!!) mon vélo et à Jeff et Joël du Master Team Offroad qui m’ont conduit aux douches. A l’entrée dans celle-ci on me demande de retirer mes chaussures, je m’assoie par terre et les tremblements qui ont envahi mon corps depuis l’arrivée ne me permettent même pas de le faire, je suis allongé par terre à trembler… la grande classe quoi. Caro arrive à ce moment là, elle ne peut pas grand chose pour moi mais c’est bon de la retrouver quand même ! Elle a été plus raisonnable que moi et a arrêté à mi-course alors qu’elle était en tête chez les femmes, elle n’a pas voulu prendre de risques et au vu de la pluie battante de la fin de course je peux dire qu’elle a bien fait. Après la douche, je tremble encore mais cela finira par me passer.

En cette semaine de sortie du nouvel album des Enfoirés, je ne peux m’empêcher de penser à cet air qu’on ne cesse d’entendre depuis de très nombreuses années : "Aujourd’hui, on a plus le droit, ni d’avoir faim ni d’avoir froid". Nous, vététistes de notre état, sommes assez passionnés (qui a dit idiots ? rires…) pour prendre des risques énormes pour notre santé pour une "simple" course de vélo alors que d’autres vivent le type d’hypothermie que j’ai vécu non pas par choix mais parce qu’ils ne peuvent pas forcément faire autrement.
Quant à la faim, elle est venue une fois que je me suis réchauffé et nous sommes restés un bon moment au Macdo du coin en attendant les podiums avec un thé bien chaud et la nourriture que nous avions prévu. Heureusement qu’Eric et Daniel ont été de meilleurs consommateurs de hamburgers que ce que Caro et moi n’avons été !

Le podium a ensuite été l’occasion de discuter un peu avec des amis et Jean-Paul à qui j’ai pu acheter en avant première un joli petit livre sur l’entraînement du vététiste que je vais m’efforcer de lire au plus vite. Je vous en reparlerai.

Voilà pour ce week-end. A froid je reste un peu déçu mais je tente de me concentrer sur les deux grandes satisfactions du week-end :
– je suis en vie !
– c’est la première fois que je finis pas trop mal placé une course dans de telles conditions… l’arrivée aurait été 5km plus tôt, cela passait (rires) !

Et pour me consoler je peux toujours me dire que le fait de ne pas avoir encore accroché le Morvandiau au palmarès me donnera une bonne motivation pour être en forme en mars 2009.

Comme toujours, je vous dis à très bientôt pour la suite.
Pyf

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4 commentaires pour Le Morvandiau : un coup d’épée… dans l’eau

  1. billy dit :

    Tu es un Warrior Pyf, Pour nous les belges ce fut la meme chose ce weekend !J’ai été courir au Sart tilman avec quelques pointures au départ …Je prends un Bon départ mais aprés 2h de course, plus de sensation plus rien debut de crampes, je commence à avoir froid … Résultats je fini 29iéme au scratch en bouclant les derniers 12km en 50 minutes …Sinon Ben oui nous, les vttistes ont une passion qui brule en nous et souvent peut importe les conditions on se sent pousser des ailes et on prend toujours le départ ! Enfin j’espére que tu récupéreras vite et a Bientot pour de nouvelles aventures ..

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