Championnat de France Marathon : un 5 septembre inoubliable !

Nous y voici donc, ce championnat marathon, j’y pense depuis un moment sans pour autant me mettre une pression insurmontable sur les épaules. Les courses sur route m’ont crée des objectifs à court terme qui m’ont fait oublier que c’était au fond les France que je préparais. Lorsque nous quittons la maison sous des trombes d’eau le vendredi 4 septembre, c’est cette fois bien pour les France que nous avons chargé la voiture et monté les vélos sur le porte-vélo, indispensable puisque nous devons récupérer Yann sur la route à Tours.
 
En fin d’après-midi, nous arrivons à Chantonnay, au beau milieu de la Vendée dans ce qui semble être la partie vallonnée du département, tant mieux !
Mon dernier souvenir de l’épreuve qu’est la Vendée Verte n’est pas très bon, il remonte à 2001 et mon week-end s’était partagé entre deux crevaisons, une grosse fringale et une belle piqure de guêpe (pendant que d’autres s’étaient fait attaquer par des frôlons). Cela remonte cependant à si loin en arrière que j’ai presque oublié être déjà venu ici. Un petit tour de vélo au sortir de la voiture est donc une bonne occasion de se remémorer les terrains vendéens et tout près de la ligne de départ / arrivée, c’est étonnamment vallonné et technique, tant mieux ! Les sensations ne sont pas très bonnes sur cette courte sortie mais je n’en tiens pas compte, nous sortons juste de la voiture après un long long voyage, il faut récupérer et la réponse viendra demain.
 
Après un échauffement sur rouleaux, il est temps de rejoindre la deuxième ligne, ligne que les pros routiers présents sur l’épreuve tardent à rejoindre. Pendant ce temps les filles partent quelques minutes avant nous : Allez Caro !
La réponse que j’attendais viendra très vite après le départ, c’est un bon jour, youpi ! Dans le première bosse sur route, la sélection se fait déjà et nous sommes très vite cinq devant : Thomas Dietsch évidemment, Frederic Frech, les deux coéquipiers de BH Steven Garcin et Vivien Legastellois et moi. Le rythme est soutenu et parfois un peu saccadé puisque Frédéric Frech tend à agacer son monde en ne relayant pas.
Après dix kilomètres environ, nous descendons dans un ruisseau sur des rails en fer, malheureusement très mal maintenus et ma course n’est pas loin de s’arrêter lorsque les deux rails s’écartent d’un coup et que mon vélo passe au travers. Thomas Dietsch est dans ma roue et subit un peu le même sort, les problèmes mécaniques en moins. En effet dans la montée qui suit ce ruisseau, mon dérailleur arrière fonctionne très mal, je jette un œil, ma gaîne de dérailleur arrière est complètement arrachée, les fils métalliques ne sont plus du tout liés et ne reste plus que le petit liner à l’intérieur de la gaîne pour continuer à diriger le câble. C’est mal barré. J’ajuste ma tension de câble tant bien que mal pendant quelques kilomètres jusqu’à trouver une position dans laquelle le milieu de la cassette est utilisable, les plus grands et les plus petits pignons sont inutilisables, reste 90km, je suis dans le groupe de tête mais absolument pas convaincu que mon bidouillage va tenir.
 
Comme je le disais le rythme n’est pas insoutenable et nous finissons par nous faire rejoindre par d’autres coureurs pour former un groupe d’une dizaine à l’avant.
 
Pendant ce temps, Caro caracole en tête chez les féminines, une nouvelle qui me ravit lorsque je l’apprends. La joie ne sera cependant que de courte durée puisqu’après avoir doublé plusieurs féminines c’est Caro que je trouve dans la forêt arrêtée alors que je suis encore dans le groupe de tête. Elle a des problèmes de chaîne (butée de dérailleur arrière déréglée – chaîne qui part dans les rayons), je ne peux faire autrement que de m’arrêter, je lui débloque sa chaîne, lui donne la consigne de ne plus monter sur le grand pignon et repars une trentaine de secondes plus tard. Par chance rien ne s’est passé devant et après une montée "à bloc" je rentre à l’arrière du groupe de tête, un peu d’énergie gâchée mais je m’en sors finalement plutôt bien. Caro moins malheureusement puisque même si elle n’aura plus ce problème de chaîne ensuite elle a perdu son bidon dans l’une de ses réparations et devra arrêter déshydratée alors qu’elle était en troisième position. Dommage et beaucoup de culpabilité de mon coté pour ne pas avoir vérifié plus précisément ses dérailleurs avant la course !
 
Voilà pour le gros point négatif du jour, le reste de ma course étant quant à lui bien plus positif.
 
Nous sommes donc un peu nombreux à l’avant mais la succession de passages difficiles va progressivement refaire la sélection jusqu’à ce que le groupe de cinq du début ne se reforme. Puis quelques kilomètres plus tard c’est au tour de Steven Garcin de lâcher prise et nous voilà maintenant à quatre. Je ne crois pas à ce moment là encore au podium, Thomas est bien au dessus de nous et cela se voit, Vivien me semble toujours costaud et je n’ai toujours aucune confiance en Frédéric qui n’a pas fait que suivre depuis le début de la course. Lui dit qu’il est mal, mais au vu de la sélection qui vient de s’effectuer je me doute qu’il serait passé à la trappe bien plus tôt s’il était réellement en difficulté.
Nous repassons sur l’aire de départ après 70km pour se relancer sur la boucle finale de 30km. Ayant reconnu la descente sinueuse au début de cette boucle, je prends les devants et sort même sur la route en bas avec quelques longueurs d’avance. Maman m’attend en bas avec un bidon, malheureusement elle est sans doute plus stressée que moi et nous nous ratons sur ce passage de bidon. Me voilà sans eau… je peste un coup et me reconcentre, je ne suis plus à un incident près dans cette course. Moins de deux kilomètres plus loin à un carrefour j’aperçois le manager du Team Vendée VTT et lui demande un bidon, je freine légèrement, en récupère un : un grand soulagement. Je lui dois un immense merci car ne pas avoir à boire à ce moment de la course signifiait tout simplement ma perte si cela avait duré quelques kilomètres de plus. J’ai à boire, à manger, une transmission très capricieuse mais qui semble tenir il est donc temps de passer à la bagarre finale.
 
Sans surprise, c’est Thomas qui lancera cette bagarre, je ne suis pas dans sa roue au moment du démarrage et lorsque j’ai pu dépasser Vivien, Thomas avait déjà pris une trentaine de mètres d’avance. Je ne suis pas loin de revenir mais une fois lancé, je manque sérieusement de braquet pour boucher les derniers mètres. Thomas est parti et la course des outsiders peut commencer. Vivien et moi travaillons bien ensemble, Fred ne fait toujours rien. Ce n’est pas faute de lui faire remarquer mais rien à faire il ne décroche pas un mot et continue de profiter de l’abri qu’on lui procure dans les parties roulantes. Je pense que Vivien tout comme moi avons analysé la situation et sommes arrivés à la même conclusion : – nous voulons aller jouer le podium nous ne pouvons donc pas nous arrêter de rouler au risque de laisser du monde rentrer derrière, – nous ne pouvons pas prendre le risque d’attaquer violemment pour le décrocher car cela pourrait être l’effort de trop et nous pourrions tout perdre. Alors il nous faut traîner Fred jusqu’au bout… Je respecte le palmarès de Fred mais s’il a obtenu tous ces résultats ainsi alors je pense qu’il a déjà volé beaucoup de monde…
 
Fred finira par nous prendre un relais dans un singletrack pour mieux placer une attaque à la sortie, on ira bien entendu le rechercher et ça me conforte dans l’idée qu’il se moque de nous.
 
L’arrivée approche et à partir du panneau des 15km de l’arrivée je ressens des débuts de crampes, je fais bien attention à continuer de boire et manger mais nous avons passé les quatre heures de courses et la fatigue est bien là. A 8km de l’arrivée, à l’approche du dernier passage de rivière je manque sérieusement de lucidité et ne peux éviter la chute alors que je cherche où passer. J’entraîne Vivien dans ma chute et s’il me lit je m’en excuse encore sincèrement. Fred qui est bien entendu derrière arrive à éviter notre accrochage et  puisque seul le résultat compte… il attaque immédiatement. C’est à l’image de sa manière d’agir depuis le début de la course, n’en parlons plus !
Vivien repart bien plus vite que moi et je pense le podium perdu. A cinq kilomètres de l’arrivée, trente à quarante secondes nous séparent alors que Fred est définitivement parti. Je m’en veux tout en me disant que j’ai fait de mon mieux et que je n’ai pas grand chose à regretter, quand soudain, je commence à avoir l’impression de me rapprocher de Vivien à nouveau. Je n’y crois pas vraiment et pourtant à moins de trois kilomètres de l’arrivée j’opère la jonction, il me semble cuit mais je culpabilise quelques instants puisque j’ai provoqué notre perte quelques minutes plus tôt alors je reste à son rythme et lui passe quelques relais. Mon instinct "trop gentil" et celui un peu plus conquérant se livre une bataille quelques secondes et la conquête l’emporte : je ne peux pas laisser passer ce qui sera peut-être ma seule chance d’aller chercher un podium national. A moins de deux kilomètres de l’arrivée je porte une attaque brutale, enfin toute proportion gardée puisque il ne me reste que la brutalité d’un petit gars qui a pas loin de 4h30 de vélo dans les jambes, Vivien tente de suivre mais ne peut plus. Il me reste une belle descente à gérer et la très difficile montée vers l’arrivée.
 
Cette montée vers l’arrivée reste surement mon plus beau souvenir sur un vélo (avec la Sea Otter 2008 peut-être), un mélange de fierté, de joie mais aussi de peur tant que la ligne ne sera pas passée. Je me retourne, il n’y a personne, inoubliable. Reste à parcourir et savourer les quelques mètres ralliant le haut de la bosse à la ligne d’arrivée.
La ligne passée, pas d’explosion de joie mais une profonde émotion, je retrouve maman et Marcel qui ont fait de leur mieux pour m’assister tout au long de cette course (et depuis mes débuts à vélo d’ailleurs), je pense ma mère plus heureuse que moi et cela vaut je crois tout l’or du monde. Elle a toujours tout fait pour m’aider à vivre mes rêves dans le vélo et j’ai le sentiment pour la première fois de lui rendre un tout petit peu de ce qu’elle m’a donné. Merci Maman !
 
Interview, mini-récupération et contrôle anti-dopage s’enchaînent. Dans le même temps je reçois beaucoup de félicitations d’autres coureurs, je crois que nombreux sont ceux qui me soutiennent et partagent ma joie, je les en remercie également.
Vient le temps du podium, mon premier à l’échelon national, la première fois que j’entends la marseillaise du podium. Je ne me rends surement pas encore bien compte parce que finalement je le vis comme beaucoup d’autres podiums, si ce n’est que celui-là durera bien plus longtemps (rires…). Finalement si je devais ne retenir qu’une émotion, c’est réellement la dernière montée, bien plus que le podium. On vit tous ces moments là différemment, moi je garde en tête ce mélange d’émotions que furent les derniers mètres avant la ligne, dommage que personne n’était là pour les filmer (rires…).
 
A défaut de dernière montée, voilà la vidéo du podium, merci à Yann d’avoir immortalisé ce moment et merci pour sa bonne humeur sur l’ensemble du week-end !
 
Pour finir mais c’est presque anecdotique, je vous précise que j’ai fini 2nd et 5ème des deux étapes du dimanche et donc 2ème au classement général de la Vendée Verte. Un excellent résultat et qui sait peut-être une bonne préparation pour la Coupe de France qui arrive dans l’Hérault.
 
A très bientôt.
Pyf
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Un commentaire pour Championnat de France Marathon : un 5 septembre inoubliable !

  1. Nico dit :

    mon ptit pyf, je tiens à te dire que j’ai été très surpris de te voir finir, 3e… Félicitations! Bravo, c’est vraiment super, tu à de quoi être content c’est clair. Tu nous finis la saison comme ça hein! Nicolas kasperczyk.

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