Maui : récit complet

Je dois bien l’admettre, quand je vous avais dit qu’il me faudrait un peu de temps pour écrire le compte-rendu de mon déplacement à Hawaï, je ne pensais pas que cela prendrait aussi longtemps…
J’ai beau être rentré avec une belle médaille dans mon sac, à mon retour la vie a repris son cours normal, comme toujours extrêmement chargée.
Il n’empêche qu’il est temps de reparler de cette magnifique course qu’est le championnat du monde Xterra à Maui, magnifique non pas par ma performance (c’est secondaire) mais magnifique en tant qu’épreuve, quel que soit le temps que l’on passe sur le parcours. je n’irai quand même pas jusqu’à dire que plus c’est long, plus c’est bon car je me suis dépêché… avec plus ou moins de réussite, notamment en natation, j’y reviendrai !
Il y a d’abord cette ambiance incroyable que les organisateurs entretiennent, il y a beau avoir plus de cinq cents participants qualifiés venus de partout dans le monde, ils arrivent à vous faire comprendre que vous n’êtes que d’une seule et même famille, celle des « guerriers » qui prennent le départ des Xterra. Il y a aussi les dîners juste à coté de la ligne d’arrivée, celui d’avant course (la veille au soir) et celui d’après-course avec les remises de récompenses, les discours, les petits films sur grand écran et les prières Hawaïennes (dîner de la veille et avant le départ sur la plage) avec les mises en scène qui vont bien. Et pour finir, comment ne pas parler du lieu magique qu’est Makena pour effectuer ce triple effort qui s’apparente par moment à une triple dose d’images fortes qui nous marqueront à jamais et qui nous motiveront à n’en pas douter à tout faire pour revenir l’année d’après : l’eau claire avec les énormes tortues de mer pas le moins du monde effrayées par les nageurs pendant la natation, la vue exceptionnelle sur la mer et les îles voisines durant les premiers kilomètres de la redescente en VTT après être monté pendant pas loin d’une heure et pour finir en apothéose les deux plages en fin de course à pieds qui nous motivent à en finir pour revenir un peu plus tard en maillot de bain !
Ce championnat du Monde Xterra, c’est avant tout tout ça.

Au delà de l’ambiance et des paysages, j’étais venu pour la compétition et avec dans l’idée de prendre mes marques pour l’an prochain (mon passage au Xterra ne peut pas se faire en deux mois…) tout en faisant de mon mieux. N’ayant pas énormément de repères, je m’étais dit que le mieux du mieux serait sans doute de tenter de perdre 5mn par discipline sur les premiers, ça ne ferait que 15mn à l’arrivée et sur ce que j’avais vu des années précédentes ça donnerait un bon résultat. Ca semble réaliste dans l’ensemble mais peut-être que ça en surprendra certains que j’envisage de perdre autant en VTT (mon sport d’origine) qu’en natation ou à pieds (mes « nouveaux » sports), alors voilà le pourquoi du comment de mon calcul (non scientifique) en trois étapes :

– Temps (pour faire un bon classement) / distance par discipline sur l’épreuve → 20-25mn de natation pour 1,5km, 1h25 à 1h40 de VTT pour 31km, 44 à 50mn de trail pour 11km. Par conséquent 5mn sur 20mn représente un gros pourcentage de perte, 5mn sur 1h30 beaucoup moins donc on en revient à peu près à mon sport fort et mes deux sports « à travailler ».

– Ordre des épreuves, mon plus mauvais sport étant la natation il faut accepter de perdre du temps dans les embouteillages au début de VTT. En Suisse ça avait été vraiment problématique, à Maui il est plus facile de dépasser.

– Gestion → je suis surement capable de sortir un excellent temps VTT mais pas sur que je sois capable de courir correctement ensuite. Au fur et à mesure que je fais des triathlons je vais surement être en mesure de prendre plus de risques à VTT sans risquer de sacrifier la course à pieds, ce n’est pour l’instant pas le cas il m’est donc indispensable de faire le VTT en dedans pour bien courir.

C’était le mieux du mieux que je pouvais espérer en me basant sur les temps des années précédentes et sur la référence européenne Franky Batelier, ce qui est formidable c’est que je m’y suis presque tenu si ce n’est pour un extra-terrestre Conrad Stoltz (quatre fois champion du monde) qui a fait un VTT exceptionnel, dans une grande forme sans doute mais aussi un peu aidé je pense par son matériel (tout-suspendu 29 pouces qui écrase tout sur son passage…).
Après la théorie, voilà la pratique, le départ en natation est assez impressionnant, je ne m’étais jamais jeté à l’eau avec plus de 500 autres fous furieux, ça fait du monde. J’ai le sentiment de faire une bonne natation, au final disons que ma nage aura été économique mais pas rapide, je sors 170ème de l’eau (heureusement je ne le sais pas pendant la course) à six minutes des premiers (une minute moins bien que ce que j’éspérais).
La transition se passe bien et me voilà parti pour le VTT avec un autre vététiste français (Nicolas Durin). La première moitié du VTT est majoritairement montante dans la poussière et les cailloux, la remontée se passe bien et j’arrive le plus souvent à bien me faufiler. Peu avant le haut de la bosse après une quarantaine de minutes à vélo on m’annonce aux alentours de la 25ème place, je suis plutôt satisfait et commence à penser à gérer (s’asperger régulièrement et bien s’hydrater et s’alimenter) en vue de la course à pieds. Je ne prends aucun risque dans la grande descente « The Plunge », il reste ensuite une succession de montées et descentes plus courtes jusqu’à la prochaine transition, celles-ci sont par contre recouvertes de cailloux, là je paye sérieusement mon choix de vélo mais ne m’affole pas pour autant quitte à laisser une minute, la tête est déjà au trail, celui-ci m’effraie. On fait les comptes, je laisse 10mn sur Conrad Stolz qui fait un VTT exceptionnel mais 5mn ou moins sur tous les autres, c’est encore pas mal.
Après une bonne deuxième transition, il est temps de courir, c’est la première fois que je fais un trail très vallonné et avec différents types de terrain (cailloux, sable, bitume, poussière, herbe), mon passage à une bonne foulée se fait plus rapidement que sur mes triathlons précédents (je continue à apprendre) et cette course à pieds va super bien se passer, bien sur je vais me tordre deux fois la cheville gauche dans les cailloux mais rien de bien méchant mais le plus important (et le plus surprenant) c’est que je continue à remonter. Sur la grande plage à moins de trois kilomètres de l’arrivée il y a quelqu’un relativement loin devant (une trentaine de secondes) et je finis de décrocher le pro américain qui est avec moi, je me dis donc que sauf défaillance ça devrait en rester là. C’est sans compter sur la forêt séparant les deux plages dans laquelle notre accompagnateur-photographe Jacky m’annonce que c’est François Carloni (un autre français, champion du monde amateur 2008) qui est une vingtaine de secondes devant et que je cours beaucoup plus vite, il ne m’en faut pas plus pour en remettre une petite couche, en restant malgré tout raisonnable pour ne pas exploser. A la sortie de la forêt François et quelques mètres devant, je le passe sur le sable avant d’attaquer les rochers, nous sommes à un kilomètre de l’arrivée et je ne suis pas à bout, cela devrait donc pouvoir passer. Après 48mn50s de course à pieds à 4mn49s du meilleur temps à pieds (enfin sous « ma fameuse » barre des 5mn) réalisé par le champion de France Nicolas Lebrun, je passe la ligne en 2h49mn54s, un peu plus de 18mn après le premier donc mais seulement 13mn40 après Franky qui finit second, tout s’est donc passé au mieux. Mais au delà du chrono je suis super content de la manière, j’ai fait de mon mieux pour un débutant du triathlon et une première fois à Maui et si je devais le refaire avec le même niveau je ne pense pas que je saurais faire mieux. Cela ne signifie pas pour autant que je ne pourrai pas faire mieux dans un an, c’est ça qui me rend vraiment heureux et optimiste pour la suite !
Rendez-vous dans un an donc, j’irai plus vite en natation, je viendrai avec un autre vélo maintenant que j’ai vu le parcours et si tout va bien j’irai plus vite à pieds également. Le résultat ne sera peut-être pas meilleur, le sport n’est pas une science et surtout pas quand les risques de crevaisons, de coups de chaud, etc. sont aussi grands, mais je sais en tout cas tout ce que j’ai à faire pour m’améliorer et je suis persuadé qu’une réelle marge de progression existe sur deux des trois sports.
En attendant, je peux me dire qu’une fois dans ma vie j’aurai fait 20ème du championnat du monde, 2ème amateur toutes catégories et champion du monde amateur (même si les mots champion du monde et amateur ensemble me font sourire) groupe d’âge 25-29, ça ne change rien mais absolument rien du tout à mon quotidien mais cela fait un bon souvenir quand même.

Résultats complets ici.

Conclusion en images :

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6 commentaires pour Maui : récit complet

  1. Nico Kasperczyk dit :

    Ca fait chaud au coeur à lire un tel commentaire, et ca donne envie de s’y mettre aussi!
    Bravo Pyf, encore une fois, et je trouve que tu regardes tout ca avec beaucoup d’humilité, respect!

  2. jujutrail dit :

    Salut l’artiste au 29 pouces !
    Tu vas voir rapidement les progrès si tu continues les entrainements avec nous.

    Trêve de plaisanterie, heureux de te connaître et bon courage pour la suite.

  3. COLOMBIER dit :

    heureux d’avoir fait un bout de route avec un champion du monde ce matin.
    bon footing au parc demain!! s’il ne pleut pas je reprends mon trek !!
    a+
    et enjoy Lyon.
    David

  4. Simonnet dit :

    Bravo Pyf,

    félicitation, pour ta sportivité, ton humilité et ta performance!

    Vététiste de petit niveau, un peu en lacitude du VTT et de ce qu’il devient…, je me suis mis pendant 3mois en 2010 aux triathlon vert et je me retrouve tout à fait dans ton récit et j’ai les mêmes sensations que toi durant les épreuves.

    Le triathlon vert ou X-terra pourrait être une belle reconversion pour de nombreux vététistes, en plus l’ambiance est trés proche du VTT , il faudrait qu’il y en ait plus en France maintenant…

    bravo à toi

    A+

    Morgan

  5. DEGUELTE PASCAL dit :

    Je tenais à te féliciter pour ton Cape Epic sachant que la distance est importante et que tu n es qu’ en début de saison. Bravo pour ton parcours. Je te souhaite une récupération rapide et que ces magnifiques paysages te laissent un souvenir impérissable que tu sauras si bien nous raconter.
    A bientôt. Bonne reprise.
    Pascal

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