Disqualifié à Vichy… mais pour qui le carton rouge ? Partie 2/2

Me voilà de retour d’Eurobike… et oui il fallait aller faire un petit tour en Allemagne de suite après l’Ironman pour se remettre dans le bain du boulot. Pas le top pour la récupération mais pas un mal pour se changer les idées et vite passer à autre chose. Il n’empêche j’avais dit article en deux parties alors voilà la seconde !

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J’en étais donc resté là, sortie de l’eau, sourire crispé (je viens de faire une natation pas top comme j’en ai le secret : 1h07) mais sourire quand même, je commence à retirer la swim skin, on me disqualifie (le pourquoi du comment en partie 1/2) et dans la tente l’arbritre principal m’autorise quand même à repartir juste pour ne pas sacrifier des mois d’entraînement (même si j’ai participé à Nice, l’objectif principal a toujours été Vichy pour avoir un temps sub 9 pour finir en beauté devant ma famille avant de m’éloigner des épreuves longue distance) et ne pas décevoir famille et amis qui étaient venus m’encourager.

Je sors donc de la tente et marche dépité en direction de mon vélo quand le même arbitre qui m’avait mis le carton rouge à la sortie de l’eau m’interpelle à nouveau pour me dire que je dois sortir du parc et que je n’ai plus rien à faire là puisque disqualifié. Je vous cache pas que même une personne très pacifiste comme moi pourrait être pris d’un excès de colère dans un moment comme ça… j’arrive à me contrôler et lui expliquer que son chef m’a autorisé à partir, lui n’est pas forcément d’accord mais je crois qu’il finit par comprendre qu’il a déjà fait assez de mal pour aujourd’hui… je suppose que ma « gentillesse » à ce moment là l’a aidé à comprendre. En avançant vers le vélo je m’arrête quelques secondes de plus expliquer à ma collègue de bureau Céline ce qu’il s’est passé, des fois qu’elle croise Caro je me dis qu’elle pourra la prévenir. Je finis par monter sur mon vélo après une transition juste en dessous des 10mn (et oui les négociations dans la tente furent longues), en tentant de me convaincre du bien fondé de l’idée d’aller me faire mal juste pour moi et mes proches. Il faut croire que j’étais prêt à affronter des épreuves assez dures car après 2-3mn j’arrive à me mettre dans l’allure, enfin « une » allure dirais-je car trop enervé pour vraiment m’en tenir au plan. C’est ainsi que dans le premier tour je roule assez fort, sur les nerfs, au dessus de ma puissance moyenne prévue et surtout je monte tous les faux plats montants « à l’injection »… chose qu’il vaut aussi mieux éviter sur Ironman mais ça a le mérite de défouler ! A la fin du premier tour, un arbitre m’attend en bas de la descente et me demande à nouveau de me ranger pour m’arrêter, décidément je dois vraiment être un sacré voyou pour qu’on s’intéresse autant à moi… moi qui n’avais jamais pris la moindre pénalité en 6 ans de triathlon je suis passé du statut de saint à celui de criminel recherché en un carton rouge ! Je fais mine de ne pas voir cet arbitre, après tout c’est bien l’arbitre principal qui m’a dit que je pouvais continuer, ils n’ont qu’à accorder leurs violons. Après une bonne demi-heure dans le second tour je commence à faiblir, je paye l’addition d’un premier tour effectué un peu trop vite mais surtout beaucoup trop irrégulier, assez vite je m’aperçois surtout que je suis en fringale. Énervé, j’ai vraiment fait n’importe quoi. J’ai passé les 3h de vélo, je tâte mes poches, compte les barres… et là « oooooops », il en reste cinq et demi –> plutôt que de manger une barre toutes les 30mn j’ai manger une demi barre à peu près toutes les 30mn donc l’apport calorique solide prévu a été plus que divisé par deux. Ça plus les allures mal gérées ça ne pouvait que déboucher sur une fringale et une fin de vélo compliquée. Cela a le mérité d’être un bon rappel à l’ordre, si je veux finir pour les gens venus me soutenir et surtout pour montrer à Emmy que son papa n’abandonne pas au premier obstacle, il va falloir que je me rapproche un peu plus du plan que j’avais prévu, même si la disqualification n’en faisait évidemment pas partie. Je tente de me sortir de ce mauvais pas, et décide de manger une barre toutes les 15mn jusqu’à la fin du vélo, comme on dit en Bourgogne « faut pas gâcher ». Je vois dans ce choix la possibilité de contrer la fringale même si ça ne sera pas immédiat, j’y vois aussi le risque d’avoir mal au ventre en partant à pieds car ça fera beaucoup de nourriture avalée juste avant de partir courir… au point où j’en suis je prend le risque.

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J’arrive en transition 2 après quasi 4h42 de vélo et honnêtement je m’attends à ce qu’on m’accueille avec les menottes ou que mon sac course à pieds ait été retiré de l’aire de transition pour me forcer à m’arrêter, ç’aurait été dans la continuité du début de la journée mais finalement rien. Je fais donc ma transition en douceur (on ne peut pas dire que je sois pressé…) et pour la seconde fois de la journée je tente de me motiver pour sortir de la tente ! En partant à pieds deux sentiments se bagarrent dans ma petite tête, le « oh cool je me sens bien » contre le « oh p****n c’était un bon jour, je crois que j’aurais préféré un mauvais, j’aurais eu moins de regrets« .

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Me voilà donc parti pour un marathon « pour la forme », souvent avec une petite larme prête à couler de mon oeil droit ou de mon oeil gauche. Ce coup là je ne suis pas trop à coté de la plaque au niveau stratégie, il est de toute façon plus difficile de faire n’importe quoi à pieds qu’à vélo. Je passe à mi-parcours en 1h28 sans vraiment me pousser dans mes retranchements, en gros je cours pour faire coucou à Emmy à chaque tour, c’est un peu ce qui me motive d’un tour sur l’autre, sans classement il fallait bien trouver quelque chose ! D’ailleurs le troisième tour sera plus difficile car Emmy faisait la sieste quand je suis passé à coté en toute fin de deuxième tour, m’a manqué le sourire de mon petit coeur… le dernier en ayant vu deux fois Emmy en fin de 3ème tour et début de 4ème tour passera bien mieux. Je ne vais pas vous raconter d’histoires, je ne me suis pas franchement battu sur ce marathon, tant que ça allait j’ai couru, quand ça a commencé à être dur j’ai ralenti, quand le moral a lâché j’ai marché un peu, mais pas trop non plus car franchement je n’avais pas le cœur à passer la fin d’aprem sur le parcours. Habité d’un fort sentiment d’injustice j’avais quand même envie d’en finir pour aller discuter avec les arbitres et les auteurs du mail derrière la ligne d’arrivée ! J’irai donc au bout, en mettant en boule mon dossard avant la ligne d’arrivée et en lui faisant passer la ligne avant moi. En voyant les photos je me rends compte que j’ai tiré la gueule pendant 95% du marathon, j’ai du réussir en me forçant à sourire une ou deux fois devant les amis et surtout devant Emmy, le reste c’est 80% de tristesse et 20% de souffrance en fin de marathon. 3h08mn avec ce niveau de motivation et en ayant aucune envie de me faire mal, ce n’est pas si mal !

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9h10mn37s, mon dossard a passé la ligne comme un ballon de foot… mais je ne suis pas pollueur alors je l’ai ramassé et « confier » à l’arbitre qui était juste derrière la ligne d’arrivée. Heureusement que j’ai les photos puisque je n’apparais dans aucun classement. Avec 6mn30 de perdues en transition 1 et le reste de la journée à faire un peu tout sauf ce que j’aurais fait si j’avais été en course, ça aurait pu donner autre chose, une sortie bien plus belle !

L’après course c’est une longue discussion avec Yves Cordier qui me dit que les arbitres ont merdé, une discussion avec d’autres arbitres (dont celui qui m’a mis le carton rouge) sur le pont de l’Europe qui m’expliquent qu’eux n’ont pas eu connaissance du mail mais qu’ils ont respecté les consignes qu’ils avaient reçu au briefing… étrange quand même que tous les arbitres n’aient pas compris la même chose puisque celui à l’entrée de l’eau m’a dit que j’étais en règle et celui à la sortie m’a disqualifié… un des deux devait chasser les Pokemon pendant le meeting ! Eux aussi sont un peu abasourdis quand je leur montre le mail, qu’ils découvrent ! D’ailleurs sur le site de Brett Sutton (entraîneur bien connu), une athlète raconte avoir eu la même expérience sur le 70.3 le samedi –> tenue validée avant d’entrer dans l’eau et carton rouge en sortant de l’eau. Je mettrai le lien pour cet article et d’autre à la fin du mien. Au final 8 jours après la course, j’ai fait 3 nuits presque blanches, un mail à l’organisateur pour demander ma réintégration dans le classement pour montrer au minimum que la reconnaissance de l’erreur ou disons au moins du « doute sur la règle » n’était pas que verbale… sans réponse, une inscription à Barcelone pour tenter d’aller chercher mon sub 9 bêtement « perdu » à Vichy, quelques prières pour espérer être capable d’enchaîner un troisième Ironman en moins de quatre mois (après Nice et Vichy) à Barcelone le 2 octobre, pas juste être capable de le finir, mais être capable de le finir en moins de 9h. Il va falloir trouver un sacré compromis récupération, reprise de l’entraînement tout en allant travailler, en s’occupant de la petite famille et en préparant la chambre du petit bonhomme qui lui ne va pas repousser son arrivée parce que papa orgueilleux a décidé de rajouter un Ironman à son programme.

Pour une fois je ne termine pas par les résultats puisque vous ne m’y trouverez pas, mais j’ai quand même :

  • mes courbes vélo et CAP.
  • des photos, merci à Thierry, Caro, Maman et Marcel, Jean-Marie et Anne…
  • des liens vers des articles traitant des disqualifications, trirating qui est très complet sur le sujet, trimes également, le site de brett sutton et même slowtwitch qui parle de la disqualification de Diana Riesler dans son article.

Et je vais finir comme j’ai commencé car même à froid mon sentiment est le même. J’ai dit aux arbitres qu’ils avaient un rôle honorable, du pouvoir mais aussi une importante responsabilité. Leur responsabilité c’est que la course se passe bien et dans les règles, j’y vois là un soutien aux athlètes puisque tous les athlètes souhaitent que les mêmes règles soient appliquées pour tout le monde. Pas d’arbitre pas de course, ou tout du moins pas de course qui aurait du sens. Cependant dans ce cas précis, même dans l’hypothèse où c’est moi qui me serait trompé (disons que j’ai vraiment choisi le mauvais arbitre pour faire valider ma tenue), vous pouviez faire le boulot de deux manières :

  1. en mettant quatre arbitres sur le ponton à l’entrée dans l’eau, vous mettiez tout le monde en conformité avant l’entrée dans l’eau (facile pour les pros peu nombreux puis facile pour les amateurs avec le rolling start), la course se déroulait selon les règles que vous aviez fixées (même si elle ne correspondait pas tout à fait au mail envoyé aux pros) et vous n’aviez personne à disqualifier à la sortie !!! Dans mon cas, sincèrement j’aurais roulé ma tri-fonction sous ma swim-suit sans rechigner, ça n’aurait absolument rien changé.
  2. vous pouviez ne pas donner d’infos avant l’entrée dans l’eau, ou pire des mauvaises infos ! Ensuite vous installiez la police à la sortie de l’eau et vous aligniez les cartons rouges, ce que vous avez fait, à mon humble avis très bêtement ! Que la vraie police fasse ça car il y a des sous à faire rentrer dans les caisses de l’Etat, à la limite. Dans votre cas vous n’aviez rien à y gagner, c’est à mon sens de la méchanceté gratuite envers des athlètes qui ont préparé pendant des mois une épreuve dont je vous le rappelle vous êtes là pour assurer le bon déroulement. Très vulgairement je dirais à certains arbitres que le pouvoir vous a tellement fait bander que vous en avez abusé ! On vous a mis un carton rouge dans la poche, je suppose que ça fait du bien de l’utiliser ! Je ne veux pas mettre tout le monde dans le même panier, mais une petite dédicace à David et Pascal s’imposait !

BRAVO à tous les finishers, bravo à tous les arbitres sur toutes les épreuves de France et de Navarre qui ont compris qu’ils pouvaient faire respecter les règles autrement qu’en ruinant des mois de préparation et de gros frais engagés par des athlètes passionnés. MERCI à tous ceux qui m’ont soutenu dans ce moment pas franchement drôle, il y a beaucoup plus grave dans la vie et j’étais le premier à le dire dès la ligne d’arrivée franchie, il n’empêche que sans me mettre la pression et sans me prendre au sérieux (j’espère…) j’avais tout mis en place pour bien faire et qu’on ne m’en a pas laissé l’occasion, ça j’ai un peu de mal à l’accepter. Espérons que l’autre occasion (la dernière) cinq semaines après Vichy me sourira un peu plus.

A bientôt, j’essaierai de vous faire suivre ma tentative de mini-cycle d’entraînement avant Barcelone, pour l’instant je suis encore cramé donc le repos continue…

Pyf

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3 commentaires pour Disqualifié à Vichy… mais pour qui le carton rouge ? Partie 2/2

  1. venot dit :

    Merci pour cet interessant recit bien detaille. Ta conclusion resume bien les choses. Bonne chance pour Barcelone

  2. Super résumé, à froid, avec le recul nécessaire. Bonne chance pour Barcelone, j’y serai, promis j’essayerai de te faire de belle photos (Photos Sportives En Aquitaine).

    • PYF dit :

      Merci Xavier,
      On se voit ce week-end en Espagne, n’hésite pas à m’interpeller si tu m’aperçois, ça sera un plaisir que de discuter 5mn avec un super photographe🙂

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